Se lancer en affaires pour la toute première fois, sans déroger du plan initial, et surpasser les objectifs moins de deux ans après l’ouverture du commerce. C’est l’aventure inspirante que nous racontent deux passionnés qui ont donné vie à la Brasserie du Bas-Canada à Gatineau, Gabriel Girard Bernier et Marc-André Cordeiro Lima.

Le premier était sommelier dans un restaurant à Ottawa et le second a travaillé dans les domaines de la restauration et de l’enseignement. Amis depuis l’époque du cégep, les deux Gatinois brassaient de la bière à la maison, comme passe-temps, avant de décider de se lancer en affaires dans ce domaine. Amateurs de bières, ils ont notamment sillonné les États-Unis pour y découvrir des brasseurs artisanaux de grande qualité. Le déclic a été instantané.

LE DÉBUT DE L’AVENTURE

« Il y a beaucoup de brasseries artisanales au Québec, mais pas beaucoup en Outaouais. De fait, il se produit peu d’alcool en Outaouais. C’était notre constat, avance Gabriel. Il nous est apparu clair que nous pouvions passer à l’action. Au moment de présenter notre projet, une brasserie artisanale de la région venait de fermer ses portes, ce qui était une embûche en partant.  En plus, notre plan d’affaires proposait une production et une vente sur place, dans un secteur commercial, en plus de la vente des produits à des restaurants, bars et détaillants au Québec. Notre projet différait d’un service traditionnel et nous avons déstabilisé bien des gens. »

Les premières rencontres avec les institutions financières n’ont pas été faciles. Appuyés par ID Gatineau, ils sont parvenus à peaufiner différents détails de leur présentation afin d’obtenir l’argent nécessaire pour le démarrage.

« Notre modèle d’affaires ne cadrait pas dans toutes les cases, car nous sommes dans le manufacturier et, en même temps, dans la vente sur place et la distribution, note Marc-André. C’est la vente sur place qui accrochait parce que nous tombions dans la catégorie d’un bar. Mais nous, nous savions qu’il y avait un fort potentiel pour la vente sur place. Nos estimations du départ étaient conservatrices par rapport aux ventes réelles d’aujourd’hui. »

Marc-André Cordeiro Lima, copropriétaire de la Brasserie du Bas-Canada, Brigitte Allard, commissaire en développement d’entreprises à ID Gatineau, et Gabriel Girard Bernier, copropriétaire de la Brasserie du Bas-Canada.

C’est finalement en 2016 que le nom du commerce a été déposé auprès du Registraire des entreprises du Québec. L’ouverture officielle a eu lieu en novembre 2017 au 455, boulevard de la Gappe, à Gatineau. Pour y parvenir, une dérogation au zonage a été nécessaire pour la superficie du local qui est dédiée à la production de la bière.

SANS PUBLICITÉ, UN SUCCÈS IMMÉDIAT

À partir du 1er septembre 2017, les deux jeunes hommes d’affaires ont laissé leurs emplois respectifs pour travailler à temps plein dans leur entreprise, entouré de huit autres employés qui assurent toutes les tâches de la brasserie artisanale. Un an avant l’ouverture officielle, ils ont commencé ailleurs la production de cinq bières, aux recettes originales, afin de laisser une carte de visite à leurs futurs clients. « Ainsi, dès l’ouverture nous avions un petit réseau de ventes », précise Marc-André.

Sans publicité et avec en poche une campagne de sociofinancement, l’ouverture du commerce s’est faite avec une clientèle de huit restos et bars et 15 détaillants au Québec. Au moment d’écrire ses lignes, la Brasserie du Bas-Canada avait un réseau de 12 restaurateurs, 15 bars et 40 détaillants, ainsi qu’une banque de 250 clients en attente. Et 50% du chiffre d’affaires est réalisé sur place à Gatineau.

Le commerce est déjà au maximum de sa production moins de deux ans après son ouverture. « Nous pensions atteindre ce volume à l’an cinq, note Gabriel. Nous retournons environ 400 clients par semaine. Au début, nos bières s’écoulaient en deux jours. Aujourd’hui, ça ne prend que quelques heures, autant à notre commerce que chez nos détaillants. Dès que nous sortons un produit, il se vend immédiatement. »

EXPANSION ET NOTORIÉTÉ

Les deux hommes d’affaires planchent déjà sur un projet d’expansion. Quelle direction prendra-t-il? Il est trop tôt pour le dire. « Nous sommes au début de ce processus, lance fièrement Marc-André. Nous sommes à explorer les secteurs ou nous pourrions nous implanter. On pourrait reproduire notre modèle actuel ou vendre des franchises. Mais nous n’en sommes pas là. »

Ils prennent le temps de savourer leur plus grand accomplissement, celui de vendre plus de bières qu’escompté, mais surtout de profiter de cette notoriété qui vient avec ce volume d’affaires. « Sur les sites de notations publiques brassicoles, on obtient des scores très avantageux. Sur l’une de ces plateformes, untappd.com, on est la deuxième meilleure brasserie au Canada », rajoute Marc-André.

Leur succès repose sur plusieurs facteurs : le personnel, l’image de marque, la démarche artistique sur les emballages, les bons styles de bières au bon moment, des bières originales peu brassées au Canada, des cannettes de 950 ml qui ont attiré l’attention et autres. « Au début, des gens nous disaient : vous n’avez pas de rousse? C’est notre choix, notre image et notre identité. »

À ce jour, 64 recettes différentes ont été brassées. La Los Tabarnacos et la gamme HYPA sont leurs produits phares.

ACCOMPAGNEMENT D’APPOINT

Au moment du démarrage du projet, ID Gatineau a accompagné Marc-André et Gabriel auprès du service d’urbanisme de la ville de Gatineau ainsi que lors des rencontres avec les institutions financières.

« Au départ, c’est le Carrefour jeunesse emploi qui nous a dirigé vers ID Gatineau qui a cru en notre projet et nous a donné tout l’appui nécessaire au démarrage, précise Marc-André. Aujourd’hui encore, nous profitons de l’expertise d’ID Gatineau dans le développement de notre entreprise. »

C’est la commissaire en développement d’entreprises Brigitte Allard qui pilote aujourd’hui ce dossier chez ID Gatineau. « Nous contribuons présentement à diversifier leur modèle d’affaires. Ce sont deux passionnés qui croient en leur entreprise et qui s’investissent à fond. C’est plus facile pour nous et on ne fait que les accompagner en leur donnant l’information qui manque et qui n’est pas sur leur radar. C’est un accompagnement d’appoint. »

QUESTIONS ET RÉPONSES :

Démarrage

Q : Quelle a été votre plus grande difficulté et comment l’avez-vous surmontée?

Gabriel : La dure réalité du démarrage d’une entreprise, c’est qu’il faut frapper à beaucoup de portes. Certaines se ferment et il faut en profiter pour réévaluer certaines parties du projet.

Marc-André : Dès que tu fais quelque chose de différent, les gens disent que ça ne va pas marcher. Il faut garder le cap et revenir à la charge.

Q : Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite se lancer en affaires?

Marc-André : Il faut aller all in et y travailler à temps plein. Il faut aussi un produit que l’on aime.  

Gabriel : Il faut bien s’entourer et poser beaucoup de questions. Il faut mettre de côté son orgueil et abandonner l’idée que l’on connait tout.

Croissance

Q : Quels sont vos principaux défis/enjeux et comment les surmontez-vous?

Marc-André : L’argent, c’est la base pour avancer à chaque étape.

Q : Quels sont vos projets d’avenir?

Gabriel : Nous sommes en prospection présentement. Nous évaluons toutes les possibilités.

Q : Quels conseils donneriez-vous aux entrepreneurs qui souhaitent croître?

Marc-André :  Il faut être persévérant et croire que son projet a du potentiel. Il faut garder le cap sur le projet et ne jamais décrocher.

Pourquoi Gatineau

Q : En quoi la ville de Gatineau est intéressante pour les entrepreneurs?

Gabriel : Gatineau est autre chose qu’une ville dortoir d’Ottawa et une ville de fonctionnaires. Nous tenions à réaliser notre projet à Gatineau. On a même fait un clin d’œil et produisant la bière #Gatineau Is Trending.

Q : Quel serait votre message pour inciter des entreprises de l’extérieur à venir s’implanter à Gatineau?

Marc-André : Notre région est très prospère avec des moyennes salariales très élevées. Il y a tellement de talents ici et tout est à faire. Les possibilités sont nombreuses pour les personnes d’affaires qui veulent démarrer une entreprise à Gatineau.

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