L’expression qui suggère de remettre 100 fois sur le métier son ouvrage s’applique aux trois hommes d’affaires derrière le succès du programme de fidélisation Freebees. Il leur aura fallu cinq ans de développement pour en arriver à une plateforme qui suscite maintenant beaucoup d’intérêt ici au Canada et même à l’étranger.

Ce goût de créer est inné pour Philippe Londei et Ken Villeneuve qui ont d’abord versé dans l’humour au début de leur carrière pendant six ans. Après, l’humour, Philippe a travaillé comme adjoint pour des députés fédéraux et Ken pour la Fondation franco-ontarienne.

Philippe a rejoint Ken à la Fondation et c’est là qu’est venu le besoin de créer des outils pour aider les organismes et groupes avec leurs collectes de fonds. Ken a rédigé un guide et donné une quarantaine de conférences appuyé par Philippe à la logistique. C’est au cours de cette tournée qu’est née l’idée de Freebees et c’est à ce moment que leur partenaire Pierre Gaudreault s’est ajouté au groupe d’investisseurs.

« De fait, dès l’université, en 2003, nous avions de petites entreprises en lien avec les communications, raconte Philippe. Notre tournée de conférences a mis en lumière l’importance de l’achat local. C’était un peu fou de notre part, mais nous voulions ensuite bâtir quelque chose d’innovateur qui favoriserait l’achat local. On ne voulait pas se planter et nous avons consacré cinq années en recherche et développement, ce qui est énorme pour une entreprise. »

COUP DE POUCE DE MICROSOFT

L’aventure de la start-up Freebees commence à prendre forme en 2014 alors que le trio d’hommes d’affaires obtient une contribution logicielle et d’hébergement sécurisé de 100 000$ du programme Microsoft Bizspark qui en est un d’innovation et d’aide en développement. Le nom a été choisi, le logo créé et des implantations réalisées en région afin de le tester. En cinq ans, plus de deux millions de dollars ont été nécessaires afin d’en arriver à des outils marketing bien ficelés à la fin de 2019.

« Notre constat était qu’il y avait des lacunes dans les programmes de fidélisation existants, comme ceux de coalition, dont fait partie Air Miles, ou maison, comme Métro, d’expliquer Philippe. Pour le programme de coalition, les marchands contribuent dans un fonds auquel le client peut tout dépenser chez un seul client. Pour le programme maison, il n’y pas de réseau. Nous voulions combiner les deux pour en faire un programme hybride sans les irritants mais avec tous les avantages.  Nous voulions une plateforme plus flexible avec un principe de remise sur transaction qui se décline de différentes façons selon les besoins du client afin de fidéliser sa clientèle. Les marchands ont une monnaie électronique alternative à leur image. La fonction carte-cadeau est aussi disponible. »

C’est à Rouyn-Noranda, loin des grands centres urbains, qu’a été implanté ce programme en premier. Ce fut le modèle beta, le pilote! Après un détour par le Bas Saint-Laurent, des adhérents se sont ajoutés en Outaouais.

« Notre objectif étant de favoriser l’achat local, nous voulions vraiment analyser ses effets en région afin de valider notre offre », raconte Ken.

C’est d’ailleurs en Outaouais qu’ils font la connaissance de Paul Da Costa qui deviendra le franchisé en charge de développer la région. Les résultats sont concluants et la chimie entre Paul et les membres de l’équipe de Freebees est si bonne que celui-ci deviendra par la suite actionnaire et associé de Freebees où il occupe maintenant le poste de vice-président au Développement des affaires. En date du mois d’août dernier, 300 marchands offrent le programme de fidélisation Freebees.

DES ASTRES BIEN ALIGNÉS

Après maints efforts, Freebees a maintenant le vent dans les voiles. Des projets de croissance majeurs sont sur la planche à dessin pour cet automne. Le premier a été accéléré par la pandémie de COVID-19 qui a engendré un vent de fraîcheur pour l’achat local au Québec. La ville de Laval a initié un projet qui pourrait ensuite profiter à l’ensemble du Québec.

« Laval est aussi une ville importante qui compte plusieurs maisons-mères de grandes entreprises, note Ken, ce qui aura aussi des répercussions importantes pour nous, nous le croyons. Il y a aussi des entreprises en Europe qui s’intéressent à nous et qui trouvent nos outils marketing très intéressants. Nous sommes d’ailleurs à monter une équipe de ventes au bureau. Nous bénéficions aussi d’une trentaine de revendeurs au Canada grâce à différentes ententes. »

La croissance de l’entreprise amène bien entendu une réorganisation du travail.

« Mais on ne s’en plaindra pas, assure Philippe. On va se structurer pour aborder un automne qui s’annonce assez intense pour nous. Vous savez, avant la pandémie, l’achat local était la priorité 73 au Québec. Aujourd’hui, c’est la priorité numéro un. C’est certain que les astres sont magnifiquement alignés pour Freebees. »

ID GATINEAU, UNE AIDE QUI SÉCURISE

Depuis deux ans, l’équipe d’ID Gatineau a été mise à contribution dans la phase finale du développement et dans les projets d’expansion en cours. C’est Ginette Paul, commissaire en développement d’entreprise chez ID Gatineau, qui pilote maintenant le dossier de Freebees. Elle qualifie le trio d’entrepreneurs de fonceurs.

« Ce sont des entrepreneurs qui ont de l’audace, lance-t-elle. Nous avons aussi découvert des entrepreneurs à l’écoute et des passionnés qui savent bien s’entourer, explique Mme Paul. Notre accompagnement, avant comme après financement, consiste à les guider afin de réfléchir à tous les enjeux et nous nous adaptons à leurs besoins. Pour ce faire, nous faisons appel à nos ressources internes ainsi qu’à nos partenaires financiers et experts de divers domaines. Dans le cas présent, nous avons entre autres travaillé avec l’équipe d’Export Outaouais afin de préparer le plan de commercialisation hors Québec. »

La gestion financière a aussi occupé une place importante de l’accompagnement de l’équipe d’ID Gatineau. Ce qui a finalement permis de leur consentir un prêt de 100 000$ pour concrétiser leur projet de développement du marché québécois et obtenir une aide non remboursable de 50 000$ du Programme PEX afin de développer le marché hors Québec. Le financement aura aussi permis de moderniser le site Internet qui devient le nerf de la guerre pour l’entreprise.

« Nous ne sommes pas là pour leur dire quoi faire. Notre aide consiste à tout faire pour qu’ils puissent avoir une entreprise qui soit la plus fonctionnelle possible. Nous nous adaptons à leurs besoins et nous avons découvert des entrepreneurs qui étaient à l’écoute et des passionnés qui savent bien s’entourer », rajoute Mme Paul.

Un coup de pouce apprécié par les propriétaires de Freebees.

« Pendant les cinq années de développement, il y a eu des périodes où on a dû se priver de salaire pour investir dans l’entreprise et les employés, relate Ken. Nous n’avions pas de fortunes accumulées et nous avons fait plein de sacrifices. Ce n’est pas normal qu’une entreprise prenne cinq pour sa phase de développement, mais nous voulions la meilleure plateforme possible. L’aide d’ID Gatineau nous a sécurisée et nous sommes maintenant prêts à passer à la prochaine étape. C’est le grand départ quoi! »

IMAGINATION, PASSION ET PATIENCE!

Les trois hommes d’affaires clament haut et fort qu’ils n’ont jamais pensé à abandonner malgré toutes les embûches survenues en phase de développement.

« Nous n’avons pas été proche de ça, lance Ken. La réponse a toujours été super positive et notre produit s’est toujours amélioré. On ne se faisait pas souvent dire non, mais ce fut long avant d’aboutir, j’en conviens. Nous savions que nous tenions quelque chose de solide et nous avons été imaginatifs dans la façon de trouver du financement avec d’autres actionnaires. Nous avons été patients pendant cinq ans – c’est notre plus grande qualité – et nous avions les moyens d’attendre et de bien peaufiner notre produit. »

En cours de développement, ils ont su bien s’entourer afin de trouver les solutions technologiques répondant aux besoins du marché.

« Aujourd’hui, c’est bien de se faire dire par les grandes entreprises, vous sortez d’où? Au Québec, bien des gens pensaient que nous venions d’ailleurs ou que nous disposions seulement des droits pour vendre ce produit », termine Philippe.

L’été dernier, Freebees a aussi lancé une offensive afin de recruter 130 nouveaux marchands en Outaouais pour adhérer à Freebees, gratuitement ou à peu de frais. Des partenaires financiers et ID Gatineau ont permis de mettre sur pied cette initiative qui vise à encourager l’achat local. L’invitation est lancée aux futurs adhérents de la région!