5e Baron

Trois jeunes hommes d’affaires natifs d’Aylmer unissent leur passion commune afin de lancer une nouvelle microbrasserie, 5e Baron.

Les premières bières de la microbrasserie ont été servies tout récemment au 55, rue Principale, soit l’ancienne adresse du Bistro L’Autre Œil, qui lui, est déménagé un peu plus à l’est sur la rue Principale, en plein dans le secteur patrimonial d’Aylmer. Les trois nouveaux brasseurs, Dimitri Carrabin, Jacob Barrette et Stephen Washer font d’ailleurs un clin d’œil au patrimoine d’Aylmer puisque le nom 5e Baron est le titre que portait Matthew Whitworth-Aylmer, ancien gouverneur général de l’Amérique du Nord britannique en 1830, à qui l’on doit le nom de la ville d’Aylmer.

Ce projet d’affaires remonte à 2017, relate Jacob Barrette. « Nous sommes trois personnes qui ne se connaissaient pas auparavant. C’est le but commun, la passion de la bière, qui nous a réunis. Dimitri travaillait à L’autre Œil et Stephen avait vu sur Instagram qu’il faisait de la microbrasserie à domicile. Stephen lui a demandé des conseils parce qu’il avait un projet de microbrasserie en tête. L’idée a immédiatement intéressé Dimitri.

« Pour ma part, j’ai joint le projet 4 à 5 mois plus tard, à l’été 2017. Je connaissais Dimitri comme serveur à L’Autre Œil et je savais qu’il préparait des bières pour des mariages. Comme je suis en graphisme, je lui ai offert de dessiner ses étiquettes de bière, pour le plaisir. Et c’est là que Dimitri et Stephen m’ont parlé du projet de microbrasserie qui m’a séduit. »

UN PROJET RECADRÉ

Au départ, l’idée était de brasser de la bière avec des ingrédients cultivés sur place, donc à la ferme. Difficile toutefois de concilier le financement d’un tel projet qui était fortement réglementé. Ainsi, l’option d’une ferme à Wakefield a été troquée en faveur du projet actuel à Aylmer.

« Nous sommes trois gars d’Aylmer et pour nous le secteur patrimonial de la rue Principale est rapidement devenu un incontournable », lance Stephen Washer. Un premier emplacement a été sérieusement étudié. Mais, lorsque l’option du commerce du 55, rue Principale, est devenue accessible, la décision a rapidement été prise.

« Nous avons été chanceux, poursuit Jacob. L’Autre Œil a occupé ce local pendant 20 ans et la population connaît bien les produits des microbrasseries. Nous avions besoin de 3 000 pieds carrés et le propriétaire a accepté d’agrandir à l’arrière afin de créer l’espace nécessaire à la production de nos bières. »

BIÈRES ET PANINIS

Lorsque ce sera possible, la microbrasserie 5e Baron offrira aussi des paninis et des salades préparées par des commerces voisins de la rue Principale, notamment le Café Mulligan, la Boulangerie des deux frères et les Aliments Marcello. « Quand c’est possible, nous travaillons avec des producteurs locaux et des entreprises d’Aylmer pour les ingrédients, question de stimuler l’économie locale. Plus il y aura d’activités économiques sur la rue Principale, plus on va attirer les gens », rajoute Jacob. Pour l’instant, les fervents de bières peuvent tout de même savourer les bières de la microbrasserie en faisant l’achat de bières en canettes.

« Notre projet n’est pas différent des autres microbrasseries, explique Jacob. Nous vendrons uniquement nos produits et nous allons débuter avec neuf bières différentes. Nous voulons d’abord desservir l’Outaouais et la distribution suivra plus tard au Québec. Dans la prochaine année, nous voulons développer une certaine notoriété ici avant de développer de nouveaux marchés. Notre mission première, c’est la qualité des produits. »

COMPLÉMENTARITÉ ET PASSION

Se lancer en affaires n’est pas si simple. Il y a plusieurs étapes à franchir. Sachant tout cela, les trois hommes d’affaires n’hésiteraient pas à le refaire. « Ce n’est pas toujours facile, mais oui, si c’était à refaire, on se lancerait à nouveau dans cette aventure, lance Jacob. Surtout avec l’équipe que nous formons qui est solide, diversifiée et complémentaire. En trois ans, on a appris à se connaître et on a développé une véritable amitié. Pour chaque défi, il y a quelqu’un qui lève la main, malgré les difficultés rencontrées. Nous sommes tous passionnés par notre projet. »

Les trois propriétaires proviennent de milieux différents. Tout d’abord, Dimitri est français et a étudié en microbiologie à la base. Il a débuté à Lyon avant d’arriver au Québec en 2007 où il a obtenu son doctorat à St-Hyacinthe. « J’étais un peu déçu du travail en laboratoire et je voulais une approche plus concrète, ce qui est le cas avec la bière. Le produit est fini en quelques jours et je trouve cela plus satisfaisant. »

Jacob a eu une entreprise de design graphique et marketing pendant 15 ans et Stephen a opéré quelques petites entreprises, dont une en ébénisterie à Montréal. Il a étudié en science environnementale et en agriculture. Donc, toutes des connaissances complémentaires.

DE L’AIDE POUR LES GUIDER

Les deux étapes les plus importantes pour lancer une entreprise demeurent le choix de l’emplacement, incluant la négociation du bail et le plan d’affaires. Plusieurs intervenants entrent en ligne de compte, comme le Comité consultatif d’urbanisme de la Ville de Gatineau. C’est là qu’est entré en jeu Denis Bureau, commissaire en développement d’entreprises chez ID Gatineau.

« Dès le départ, il y a deux ans, j’ai constaté le sérieux des investisseurs qui arrivaient avec un projet bien monté, commente M. Bureau. Ils avaient en main un plan d’affaires bien fait dont les chiffres avaient été validés par la visite d’entreprises similaires. ID Gatineau est là pour faciliter les rencontres et pour bien aiguiller les investisseurs vers les bonnes personnes. »

Jacob Barrette convient qu’ID Gatineau ajoute de la crédibilité au projet lorsque vient le temps de frapper aux différentes portes. « Denis nous a assisté et aligné dans les différentes étapes d’implantation. ID Gatineau a un réseau de contacts étoffé à Gatineau et Ottawa, même ailleurs au Canada, et c’est bénéfique pour nous. »

UNE APPROCHE EXPÉRIMENTALE

Les premières bières disponibles ont été testées lors de dégustations auprès d’amis et de membres de leurs familles. « Notre approche est expérimentale et la bière doit passer plus d’un test avant de se retrouver en production, explique Dimitri. Une fois que nous sommes d’accord avec une recette, nous la validons avec des produits de référence. Au besoin, nous retravaillons la recette. Nous recherchons la meilleure qualité possible. » D’ailleurs, une ligne de bière expérimentale sera aussi accessible aux clients du 5e Baron.

Les trois hommes d’affaires parlent aussi d’une confrérie entre les microbrasseries. Ils ont obtenu plusieurs conseils importants de la part d’autres propriétaires de microbrasseries de la région. « C’est un monde qui se tient et qui s’entraide. Nous ne sommes pas là pour compétitionner, mais pour ajouter à l’offre dans la région », précise Stephen. 

La vraie compétition, ce sont les grandes marques commerciales. « C’est un peu comme David contre Goliath, les petits contre les gros, poursuit Jacob. Notre solidarité des microbrasseries représente notre force dans le milieu brassicole. C’est comme si nous étions deux artistes qui collaborent à une chanson », philosophe Dimitri.

La production des bières a débuté à la mi-février, le temps d’avoir un bon inventaire pour l’ouverture ce printemps. Deux aides-brasseurs ont été engagés et environ six autres personnes le seront pour assurer le service au salon de dégustation.