Laurent Simon

Les crises et les conflits ont contribué à modifier notre monde et la pandémie de COVID-19 s’inscrit dans cette lignée. La pause commerciale que nous venons de vivre oblige les gens d’affaires à se repositionner et à faire preuve d’innovation, de transparence et d’ouverture. Ils peuvent s’inspirer des changements opérés dans notre économie depuis 20 ans avec la mondialisation des affaires et le développement numérique. Dans le cadre d’une entrevue, ID Gatineau s’est entretenu avec Laurent Simon, professeur titulaire au département de l’Entrepreneuriat et de l’innovation et co-directeur de Mosaic – Pôle créativité et innovation à HEC Montréal.

 

LES 5 QUESTIONS LES PLUS FRÉQUEMMENT POSÉES

ID: Qu’est-ce que ça veut dire exactement innover en temps de crise?
Les crises, comme une guerre mondiale et les catastrophes naturelles, sont bien souvent des accélérateurs et des déclencheurs de l’innovation. Ces crises nous amènent à faire des choix fondamentaux.

ID: Comment peut-on se positionner par rapport à la situation actuelle de la COVID-19?
Sur les pratiques, les changements sont en mouvement depuis 20 ans. Le commerce en ligne et le commerce à distance sont déjà présents. Mais qui, aujourd’hui, se pratiquent à des échelles qui n’ont plus rien à voir avec la période pré-crise. On avait déjà des éléments de réponses et des outils qu’on n’avait pas nécessairement mis en pratique. C’est dans ce sens-là que j’insiste pour dire que la crise est aussi un accélérateur d’innovation et de changements.

ID: Plus précisément, quelles sont les nouvelles pratiques initiées depuis 20 ans?
Depuis 20 ans, les organisations ont accéléré leur innovation et développé des pratiques d’agilité sous les effets de la mondialisation et du numérique. Ceci a changé nos façons de produire, de consommer et de vendre. C’est un travail de compréhension des besoins avec des approches centrées sur le client et les usagers. Nous sommes peut-être dans un pic de crise, mais on vit des changements depuis 20 ans. Nous étions donc plus préparés que nous le pensions à faire face à cette nouvelle crise.

ID: Qu’est-ce qui a changé pendant cette crise dans les façons de faire?
Nous pouvons réfléchir sur notre modèle d’affaires à savoir comment nous allons communiquer notre offre, ce qui va l’amener au marché. Plusieurs dimensions du modèle d’affaires sont très impactées par cette crise, ne serait-ce que la distribution. Avant, on était habitué d’aller au-devant de son client. Aujourd’hui, on voit des modèles plus à distance propulsés par le numérique. Il faut se faire rassurant en communiquant ce qui a changé. En interne, on devra porter une plus grande attention aux risques que nous faisons porter à nos employés et à notre personnel que l’on veut garder engagés.

ID: Quelle leçon devons-nous tirer de cette crise sanitaire?
On est devant des modèles confrontés à de l’inconnu. Devant cette complexité, on ne peut pas imaginer trouver les solutions seul. La grande leçon sera celle de la transparence avec des modèles d’innovation qui supposent de consulter, de mobiliser et d’engager nos employés dans la réflexion. Il faut engager nos clients dans la chaîne des valeurs et changer notre approche avec nos fournisseurs. L’innovation collaborative et ouverte, ce n’est pas nouveau. Il existe des outils et des pratiques qui peuvent aider à la mobilisation.

 

LES PIÈGES À ÉVITER

1-C’est la facilité, de rester passif. De simplement dire que ça va bien aller – ce que l’on espère tous – c’est de ne pas agir. En temps de crise, c’est probablement la pire chose. Il faut se poser des questions, se projeter, essayer des choses et expérimenter. Il faut apprendre ensemble, avec ses employés. Ça, c’est vertueux!

2-De penser que l’on pourra trouver toutes les solutions tout seul dans son coin, ce n’est pas possible. Les problèmes sont tellement complexes qu’on ne peut les gérer seul. On doit avoir un réflexe d’ouverture, de dire que je vais mobiliser, questionner, partager mes préoccupations, mes défis et éventuellement mes angoisses. Puis, on va essayer ensemble d’apporter des réponses.

 

LES CONSEILS DE LAURENT SIMON

1-Il faut lever le regard, se poser des questions. Projetez-vous et mobilisez votre imagination et celle de tous vos partenaires. Essayez d’imaginer l’avenir ensemble. Faites des trucs quoi! Faites des expériences et essayez des choses. Cultivez cette posture active, collaborative, engagée et mettez-vous à la place de vos usagers.

2-Nous entrons dans une période de grande transparence, et ça, j’y crois beaucoup. Je fais l’hypothèse que ça va demeurer un élément du modèle d’affaires et que cette transparence va permettre de générer et de maintenir de la confiance.

3-Si c’est le cas, il vaut mieux dire à nos employés, ça ne va pas, je ne sais pas trop ce qu’on va faire, mais on travaille là-dessus. La communication est importante.

4- Il faut regarder le monde avec les yeux de l’usager pour comprendre ses besoins. Pour y parvenir, un travail d’empathie est nécessaire.

 

LES RESSOURCES À VOTRE DISPOSITION

1-Toutes les approches et les innovations axées sur la culture des usagers telles que Design Thinking, Lean startup ou Entrepreneuriat agile, sont des façons de faire et des boîtes à outils qui peuvent être utiles. Des façons d’apprendre, de valider et de prototyper plus vite.

2-Un outil comme les personas que l’on utilise de plus en plus en marketing. C’est une boîte à outils qui nous fait comprendre quels sont les besoins de nos clients, nos usagers. Mais aussi pour savoir comment ils ont évolué, en particulier avec la crise.

 

POUR VISIONNER LA CONFÉRENCE VIRTUELLE DE LAURENT SIMON:

Cliquez ici pour consulter la présentation Innover en temps de crise.


 

À propos de Laurent Simon:

Laurent SImon est professeur titulaire au Département d’entrepreneuriat et innovation à HEC Montréal. Il enseigne depuis 1996 dans les programmes de B.A.A., MBA et M. Sc., avec une implication particulière au MBA (10ième meilleur programme hors États-Unis, selon BusinessWeek). En plus d’être coordonnateur du cours Gestion de projet/Project Management au MBA, il a fondé et enseigne le cours de management de l’innovation à la maîtrise ès sciences : De la gestion des connaissances au management des projets créatifs. Il a obtenu en 2005 le Prix d’excellence en pédagogie.

Monsieur Simon détient plusieurs expériences d’enseignement et de formation de formateurs à l’international, notamment en Roumanie (Management, Project Management, Professors’ training, initiation to the Case Study Method) et en France (Manager une équipe de projet).

Il est cofondateur et animateur d’un séminaire spécial pour The Executive European MBA qui s’intitule ESCP-EAP Paris-HEC Montréal International Seminar on Innovation and High-Tech Management.

À l’École des dirigeants HEC Montréal, il a conçu et anime le séminaire Déclencher et accélérer l’innovation par le Design Thinking destiné aux gestionnaires et aux professionnels de projets innovants. Il coanime également le séminaire Exercez votre leadership pour catalyser le potentiel créatif de vos équipes.

Laurent Simon est cofondateur et codirecteur de Mosaic, un groupe de recherche, transfert et valorisation sur le thème de la gestion de la création dans la société de l’innovation. D’ailleurs, il est coconcepteur et coanimateur dans le programme de l’École d’été en management de la créativité dans la société de l’innovation, une initiative de Mosaic. Ses activités de recherche s’orientent vers l’exploration inductive du management de la création et de l’innovation dans les industries créatives et techno-créatives (jeu vidéo, multimédia, publicité, hi-tech et logiciel, arts de la scène, etc.). Il intervient régulièrement à propos de ces thèmes auprès d’entreprises privées et d’organisations publiques et parapubliques.